Quatre papes, une génération

4 papes

Cela fait un mois, jour pour jour, que Jean-Paul II et Jean XXIII ont été canonisé lors de la célébration Place Saint-Pierre à Rome présidée par le pape François et le pape émérite Benoit XVI. Ces quatre hommes ont, en l’espace de plus de cinquante ans, façonné une génération. Retour sur ces papes qui ont marqué les fidèles et le monde par leur apport à l’Église catholique.

Ils sont quatre. Non, il ne s’agit pas des Quatre Fantastiques ni des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, mais de quatre hommes, aux parcours et aux histoires différentes. Quatre papes qui ont, à leur manière, marqué l’histoire de l’Église. Quatre papes qui ont chacun contribué à forger en son sein, une génération nouvelle, fière de sa foi et en phase avec son temps. Ils étaient tous présent, physiquement ou spirituellement, le 27 avril dernier, Place Saint-Pierre. Deux d’entre eux ont été canonisés et rendus Saint, les deux autres pourraient prétendre à le devenir. Derrière chacun d’eux se cache une ou plusieurs grandes réformes qui ont changé la face de la foi catholique. Focus sur ces quatre Souverains pontifes pas comme les autres.

Jean XXIII

Il est le père du Concile Vatican II, l’une des plus grandes réformes de l’histoire de l’Église catholique. Nous sommes en 1962. Au cœur d’une année marquée par de nombreux changements (crise des missiles de Cuba, projet Apollo 11, ajournement des accords de Genève), le pape Jean XXIII décide, le 11 octobre 1962, d’entamer le second concile œcuménique du Vatican. Son but premier est d’ouvrir l’Église au monde moderne et à la culture contemporaine mais également de faire la lumière sur les grandes questions d’ordre dogmatique. Achevé le 8 décembre 1965 par le pape Paul VI après quatre années de débat et autant de session, le Concile aura donné lieu à plusieurs changements. Les rites seront simplifiés et permettront une plus grande implication des fidèles (abandon du latin comme langue de célébration liturgique, prêtre tourné vers l’assemblée). Le texte du Lumen Gentium (Lumière des nations) mettra l’accent sur l’égalité entre les membres du « peuple de Dieu » et sur l’appel à la sainteté pour chaque chrétien, tandis que le Nostra aetate fixera les relations avec les autres religions. Enfin, le Concile aura permis l’émergence du mouvement du renouveau charismatique, mouvement ecclésiale principalement basé sur les dons du Saint-Esprit, que Benoit XVI qualifiera plus tard de « don singulier » et « ressource précieuse » pour l’Église. Ce fut avec courage que Jean XXIII pris la décision forte de faire entrer l’Église tout entière dans une nouvelle ère, celle de la miséricorde, comme il le souligna dans son discours d’ouverture du Concile : « Aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine« .

Jean-Paul II

« N’ayez pas peur !« . Tels furent les premiers mots du pontificat du 264ème successeur de Saint Pierre. En devenant pape le 16 octobre 1978 Jean-Paul II, ne fut pas seulement le premier Souverain pontife non-italien de l’histoire de l’Église, il devint surtout la figure emblématique du renouveau spirituel initié par le Concile Vatican II. D’origine polonaise, Karol Wojtyla fut l’un des grands artisans de la chute du Mur de Berlin et avec lui du régime communiste de l’URSS. Sa théologie et ses nombreux enseignements sur l’amour, le couple ou encore la sexualité ont fait de lui l’un des papes les plus novateurs sur les questions de la famille. Dimanche dernier, le pape François a d’ailleurs rappelé ce caractère si spécifique à Jean-Paul II : « Lui-même a dit un jour qu’il aurait voulu qu’on se souvienne de lui comme du pape de la famille« . Sa proximité et sa spontanéité avec les fidèles changea l’image de la fonction papale et, avec elle, le visage de l’Église. Son ouverture aux autres et sa fraternité étaient telles qu’il en vint même à pardonner un jour son propre agresseur lorsque, ce 13 mai 1981, Mehmet Ali Agca, jeune truc de 23 ans, avait tenté de le tuer en lui tirant dessus à trios reprise Place Saint-Pierre. L’une des ses grandes œuvres restera la création de Journées Mondiales de la Jeunesses en 1985 avec pour vocation d’évangéliser et d’annoncer aux jeunes du monde entier le message du Christ. L’événement qui perdure encore aujourd’hui fêtera sa 29ème édition en 2016 à Cracovie. Pour tout cela, Jean-Paul II restera avant tout le pionnier et père fondateur d’une génération que l’on nomme encore aujourd’hui « la génération Jean-Paul II » et dont les héritiers ne sont pas seulement les quinquagénaires ou les sexagénaires actuels mais aussi et surtout les jeunes d’aujourd’hui.

Benoit XVI

En devenant pape en 2005, Joseph Ratzinger avait le lourd devoir de succéder à Jean-Paul II, devenu déjà l’un des Souverains pontife les plus populaire de l’histoire de l’Église. Face à l’immensité de la tâche, Benoit XVI ne s’est pourtant pas démonté. Bien au contraire, le pape allemand, souvent jugé à tort comme « trop conservateur », « intégriste » ou même « réactionnaire », aura fait évolué l’Église sur plusieurs positons. Il aura notamment été le premier pape à s’attaquer à la réforme de la Curie romaine et en particulier de ses finances. Son combat pour la transparence face à l’IOR, l’Institut pour les Œuvres de Religion (banque du Vatican), fut mené avec insistance et permit d’ouvrir la voie à son successeur pour une réforme des finances du Saint-Siège. Grand intellectuel, ses enseignements invitaient les fidèles à une réflexion profonde sur leur rapport avec Dieu et les invitaient davantage à se positionner en faveur du bien commun pour le monde. Son discours, emprunt d’une sagesse qui forçait l’admiration, invitait à la fois à un retour aux racines du christianisme, mais aussi à une ouverture à l’évangélisation, marqué notamment par la création, en septembre 2010 du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation. Il permit également, par le biais du motus propiro, un retour aux messes dites « traditionnelles » (en latin, et dont le célébrant se trouve dos à l’assemblée). Face aux scandales sur l’affaire des prêtres pédophiles, il garda le cap et pris avec courage les décisions d’excommunions, tout en demandant pardon aux victimes au nom de l’Église. S’il fut parfois décrié, en particulier à cause de sa prise de position sur le préservatif, mal interprétée et mal retranscrite par les médias*, Benoit XVI fut cependant le premier pape de l’histoire à renoncer à sa fonction papale à cause de sa condition physique.

*Le Souverain pontife avait en effet déclaré que le problème du Sida ne pouvait pas être « réglé par la distribution de préservatif« , ajoutant que « la chasteté est l’unique manière sûre et vertueuse pour mettre fin à cette plaie tragique qu’est le sida« .

François

« Je voudrais une Église pauvre pour les pauvres« . Tels furent les mots du successeur de Benoit XVI, le 16 mars 2013 peu de temps après son élection. Peu connu à l’époque, plus besoin de le présenter désormais. Élu « personnalité de l’année 2013 » par le magazine américain Times, le pape François a déjà marqué le monde entier par sa simplicité et sa proximité. En seulement un an de pontificat, ce « pape des pauvres » a réussi à toucher et émerveiller croyant comme non-croyant. Sa façon d’être et son enseignement ont déjà changé la face de l’Église. Grâce à lui, c’est un vent nouveau qui souffle en Elle et sur ses fidèles. Un vent de changement, ou plutôt d’ouverture à l’autre. Ce même vent qui fut initié par Jean XXIII qui prônait une Église « miséricordieuse« . Rien de surprenant pour un pape assez atypique. Jorge Mario Bergoglio, premier Souverain pontife sud-américain de l’histoire de l’Église, possède en effet une personnalité attachante. N’hésitant pas à rendre visite à des prisonniers, laver les pieds de personnes malades pour la célébration de la Cène, ou encore même à inviter tous les fidèles à agir avec compassion et délicatesse envers les homosexuels ou les divorcés-remariés, François est avant tout un homme « d’action » qui exerce avec droiture et réussite son ministère de chef de l’Église. Très récemment, lors de sa visite en Terre Sainte, le Souverain pontife à invité israéliens et palestiniens à œuvrer pour la paix entre les deux peuples, proposant même à Benjamin Netanyahu et Shimon Peres de se retrouver au Vatican. Avec lui, ce sont tout les fidèles catholiques que ce pape invite à « sortir d’eux-mêmes » et à « aller aux périphéries géographiques, humaines et existentielles (…), là où résident le mystère du péché, de la douleur, de l’injustice, de la souffrance« . Une exhortation dans la continuité de celles prônées par les trois autres papes qu’étaient Jean XXIII, Jean-Paul II et Benoit XVI.

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